Démarche en recherche-Création

Depuis maintenant presque quatre ans, je cherche à comprendre le phénomène des ruines, les principes de leur formation et ce qu’elles dévoilent sur l’homme. Ces architectures en déclin portent une mémoire matérielle dense et gorgée de poésie. C’est ce rapport sensible entre mémoire et transformation qui m’a amené à vouloir travailler leur image. En 2024, l’incendie qui a détruit ma maison familiale a profondément bouleversé ma perception de la ruine. Cet événement a ajouté une dimension personnelle et intime à ma recherche en plus d’amorcer une réflexion sur les liens que nous tissons avec l’espace habité. Bien que la ruine soit profondément ancrée dans l’histoire de l’art, je crois que sa réactualisation dans une démarche réflexive portant sur la mémoire, la fragilité, la transformation ainsi que sur le territoire et ses enjeux culturels, sociaux et environnementaux, ouvre un espace de transition. Dans cet entre-deux, les tensions entre héritage et disparition se révèlent et invitent à repenser le lien existentiel qui nous unit à notre environnement. L’association de l’image de la ruine à des médiums fondés sur la notion de trace, tels que la photographie et l’estampe, me permet d’inscrire les caractéristiques de celle-ci dans la matérialité de l’œuvre.

Mon travail de la matière s’articule autour de la mémoire. Chaque étape de création est réalisée avec minutie et douceur, dans l’idée que la matière absorbe nos gestes. Mon processus repose sur un jeu de construction et de déconstruction : j’accumule des couches, des altérations, des empreintes, puis j’introduis une détérioration, notamment les marques du feu, afin de laisser émerger toutes les couches de la mémoire matière du support. L’image de la ruine est d’abord photographiée, puis fragmentée numériquement avant d’être apposée sur un support par des techniques d’estampe traditionnelles ou actuelles, comme la gravure laser. Cette succession de manipulations génère une stratification visuelle qui reflète autant la nature de la ruine que les processus naturels de la formation d’un territoire. Selon moi, le croisement entre les méthodes traditionnelles et technologiques constitue une réflexion sur les transitions énergétiques, numériques et écologiques que nous traversons. Mon implication au sein du laboratoire SYMBIOSE nourrit également ma pratique d’une conscience accrue en matière d’écoconception dans le domaine des arts visuels.

Au fil du temps, les matériaux que je sélectionne deviennent de plus en plus délicats, soulignant ainsi l’impermanence des choses et des êtres. À travers mes oeuvres, j’explore le caractère anthropique des ruines et la fragilité des écosystèmes que nous transformons. Je cherche à rappeler, avec douceur et poésie, le caractère éphémère de notre présent, tout en rendant visible ce qui persiste à la disparition afin d’offrir un espace où se rencontre la matière, le temps et l’expérience humaine.


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